Le Sahara marocain au cœur du nouvel équilibre mondial

0

Le Sahara marocain au cœur du nouvel équilibre mondial

Marco Baratto

Dans le complexe mosaïque de l’Afrique du Nord, la question du Sahara occidental prend désormais une dimension mondiale. Ce qui, pendant des décennies, a été perçu comme un conflit régional, gelé et périphérique, est devenu aujourd’hui un véritable test pour la diplomatie des grandes puissances. Sur le terrain, trois acteurs majeurs — les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie — avancent avec des stratégies différentes, mais convergent sur un même point : la nécessité de sortir de l’impasse et de stabiliser le Maghreb.

Washington : continuité stratégique
La position américaine est claire depuis plusieurs années. En décembre 2020, l’administration Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations diplomatiques entre Rabat et Israël. Une décision qui, à l’époque, semblait dictée par des considérations électorales, mais qui a été de facto confirmée — bien que dans des termes plus discrets — par l’administration Biden.
Washington considère le plan d’autonomie marocain, présenté en 2007, comme la solution « sérieuse, crédible et réaliste » pour garantir la paix et la stabilité régionales.

Pour les États-Unis, l’enjeu n’est pas seulement politique mais également stratégique. L’Afrique du Nord constitue une zone clé pour la sécurité de l’Atlantique et du Sahel. Face à l’instabilité croissante au Niger et en Libye, et à la présence accrue de milices pro-russes dans le Sahel, Washington voit en Rabat un allié stable et fiable. Le Maroc accueille des exercices militaires conjoints, comme African Lion, et collabore avec le Pentagone sur des programmes de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

Londres : le pragmatisme de la “Global Britain”
À Londres, l’approche est plus pragmatique, mais tout aussi favorable à Rabat. Après le Brexit, le Royaume-Uni a dû redéfinir sa projection diplomatique et économique hors de l’Union européenne. Dans ce cadre, le Maroc est devenu un partenaire privilégié : les accords bilatéraux post-Brexit ont ouvert la voie à une coopération renforcée dans les domaines du commerce, des énergies renouvelables et de la défense.
Londres voit également dans le plan d’autonomie marocain un modèle de gouvernance régionale, garantissant stabilité et ouverture économique — des valeurs en phase avec sa nouvelle vision de la Global Britain.

Les analystes notent qu’en 2024, le dialogue politique entre Londres et Rabat s’est intensifié. Le Royaume-Uni a affirmé explicitement que la proposition marocaine constituait « la base la plus solide pour une solution durable ». Cette position rapproche Londres de Washington, tout en l’éloignant d’une Union européenne encore paralysée par ses équilibres internes et ses hésitations vis-à-vis d’Alger.

Moscou : la prudence stratégique
Mais la véritable nouveauté vient de Moscou. Traditionnellement alignée sur l’Algérie et le Front Polisario, la Fédération de Russie a commencé à nuancer son discours. En pleine période d’isolement international, aggravée par la guerre en Ukraine, le Kremlin cherche à élargir son influence en Afrique, où il a renforcé sa présence ces dernières années grâce à ses liens avec le Mali, le Burkina Faso et la République centrafricaine.
Cependant, ces pays restent des terrains instables et fragiles. Le Maroc, au contraire, offre une plateforme solide et stratégique : une ouverture sur l’Atlantique et un point d’accès logistique vers l’Afrique de l’Ouest.

Lorsque le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré, en septembre dernier, que la Russie était « prête à soutenir une solution qui satisfasse toutes les parties et s’inscrive dans le cadre des résolutions de l’ONU », beaucoup y ont vu un signal d’ouverture envers Rabat. Ce n’est pas encore un soutien explicite, mais c’est un tournant diplomatique : pour la première fois, Moscou ne parle plus de « référendum » ni d’« autodétermination absolue », mais d’équilibre et de compromis.

Derrière la prudence du langage, se dessine un projet géopolitique plus large. Après avoir consolidé sa présence en Méditerranée orientale, la Russie cherche désormais un point d’appui sur l’Atlantique, essentiel pour son commerce et sa projection navale. Le Maroc, avec ses ports modernes et sa position stratégique entre Gibraltar et l’Afrique subsaharienne, représente un candidat idéal.
Toutefois, Moscou ne peut pas rompre brutalement avec Alger, son allié historique et principal partenaire militaire. D’où la diplomatie “à portes entrouvertes” de Lavrov, qui lui permet de garder toutes les options ouvertes.

Rabat : un observateur attentif et confiant
Pendant ce temps, Rabat observe avec prudence mais aussi avec satisfaction. Jamais la question du Sahara n’avait suscité un consensus aussi large parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Avec trois puissances occidentales favorables et une Russie plus conciliante, l’équilibre des forces évolue lentement mais sûrement.
La Chine reste prudente, mais sa position pourrait elle aussi changer si le dossier sortait de l’impasse actuelle.

Cette convergence partielle illustre une réalité essentielle : le Maroc a réussi à transformer le Sahara d’un champ d’affrontement idéologique en espace de négociation multilatérale. Washington, Londres et Moscou suivent des logiques différentes, mais tous reconnaissent à Rabat un rôle central.
C’est la preuve d’une diplomatie patiente, cohérente et visionnaire, construite au fil du temps.

Dans le nouvel échiquier mondial, le Sahara occidental n’est plus une question secondaire : il est devenu le symbole de la manière dont les puissances du XXIᵉ siècle — entre compétition et coopération — redéfinissent leurs sphères d’influence.
Et au centre de cette partie complexe, se trouve aujourd’hui le Maroc, un acteur régional devenu un interlocuteur global.

قد يعجبك ايضا
اترك رد

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني.