Jumilla et le retour dangereux du suprémacisme religieux en Europe
À Jumilla, petite ville de la région de Murcie, une mesure interdisant aux musulmans d’utiliser les espaces publics pour célébrer la fête religieuse de l’Aïd a été approuvée. Cette mesure, proposée par le Parti populaire et soutenue par Vox, est intervenue quelques semaines seulement après les émeutes anti-migrants de Torre Pacheco, à 110 kilomètres de là, déclenchées par une agression attribuée à trois hommes d’origine marocaine.
Le texte de l’interdiction prévoit d’empêcher l’utilisation des salles de sport, des centres civiques et autres installations pour des « activités religieuses, culturelles ou sociales étrangères à notre identité », sauf s’il s’agit d’événements officiellement organisés par la mairie. Mais le message politique derrière ces mots est loin d’être neutre : pour de nombreux observateurs, il s’agit d’une atteinte directe aux traditions islamiques et à un pilier de la Constitution espagnole : la liberté de religion.
Sans surprise, le parti Vox a célébré la mesure sur les réseaux sociaux, déclarant :
Grâce à Vox, la première mesure interdisant les célébrations islamiques dans l’espace public en Espagne a été approuvée. L’Espagne est et sera toujours la terre des chrétiens.
Des mots qui résonnent comme un signal d’alarme. Car l’Espagne était aussi la terre de l’Andalousie musulmane, un carrefour de savoir, de coexistence et de tolérance entre musulmans, chrétiens et juifs. C’est précisément l’instrumentalisation politique de la religion catholique, au cours des siècles passés, qui a effacé cet héritage : d’abord en expulsant les musulmans, puis en persécutant et en expulsant les juifs.
Aujourd’hui, l’histoire semble se répéter sous de nouvelles formes. Les mouvements politiques qui se proclament « défenseurs du christianisme » utilisent en réalité le nom du Christ comme instrument de division, de discrimination et de peur. En tant que chrétien, je ne peux qu’avoir honte de voir ma foi réduite à un drapeau de bataille contre d’autres enfants de Dieu. Le Christ n’appartient pas à un parti politique. L’Évangile n’est pas un manifeste politique d’exclusion.
Nous devons réagir, et nous devons le faire maintenant. Il ne suffit pas d’exprimer notre indignation : il est temps de lancer une initiative européenne majeure qui unisse chrétiens, musulmans et juifs contre toutes les formes de suprémacisme religieux et de racisme. Un front commun pour réaffirmer que toutes les religions sont nées pour nous rassembler, et non pour nous diviser.
Quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous ne pouvons rester indifférents à la résurgence d’un suprémacisme qui, même déguisé en défense de la tradition, réitère la logique d’exclusion observée dans l’histoire la plus sombre du continent. La mémoire n’est pas un exercice rhétorique : c’est un devoir.
La Conférence épiscopale espagnole (CEE) a exprimé son soutien à la position de la Commission islamique d’Espagne concernant la décision du conseil municipal de Jumilla de limiter les manifestations religieuses dans les espaces publics.
Dans une déclaration, les évêques rappellent que « les manifestations religieuses publiques, entendues comme liberté de culte, sont protégées par le droit à la liberté religieuse », consacré par l’article 16.1 de la Constitution espagnole et l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Si nous n’agissons pas ensemble aujourd’hui, nous risquons de nous retrouver demain à regarder en arrière et à nous demander, une fois de plus : comment avons-nous pu laisser une telle chose se produrre .
Marco Baratto
