Chrétiens en Afrique du Nord .. l’Égypte et l’Algérie face à deux modèles contrastés
Marco Baratto
L’éventualité d’un voyage du pape Léon XIV en Algérie relance le débat sur la situation des chrétiens en Afrique du Nord, et met en lumière un contraste frappant avec l’Égypte voisine. Si les deux pays partagent une histoire ancienne du christianisme et une majorité musulmane, leurs approches politiques et institutionnelles envers les minorités chrétiennes diffèrent sensiblement.
En Égypte, la communauté copte constitue une minorité numériquement importante et profondément enracinée dans l’histoire nationale. Le président Abdel Fattah al-Sissi a multiplié les gestes symboliques à son égard : reconnaissance officielle de Noël copte comme jour férié, participation régulière aux célébrations, nomination de Coptes à certaines fonctions publiques. Ces mesures ont contribué à une plus grande visibilité et à une relative stabilité, même si la participation politique reste limitée et que des discriminations persistent, notamment dans l’accès à certains postes et dans la protection contre les violences sectaires.
L’Algérie, en revanche, présente un paysage chrétien beaucoup plus restreint et fragile. Les communautés catholiques et protestantes y sont numériquement faibles et souvent composées d’étrangers ou de convertis. Le cadre juridique, notamment en matière d’associations et de culte, crée de fortes contraintes. Selon plusieurs observateurs internationaux, ces règles plongent les associations dans un vide juridique, limitant leur capacité à recevoir des financements, à organiser des réunions publiques ou à exercer des activités caritatives.
La fermeture de Caritas Algérie en 2022 illustre cette différence d’approche. Là où l’État égyptien tolère, voire encadre, les œuvres sociales chrétiennes, les autorités algériennes ont demandé l’arrêt d’un service d’aide pourtant reconnu pour son action humanitaire. Cette décision a accentué le sentiment de précarité des chrétiens et réduit leur rôle social.
Dans ce contexte, la visite envisagée du pape Léon XIV en Algérie prend une dimension comparative implicite. Elle rappelle que d’autres modèles existent dans la région, imparfaits certes, mais offrant davantage d’espace aux communautés chrétiennes. En se rendant en Algérie après avoir évoqué le dialogue islamo-chrétien, le pape pourrait inviter les autorités à s’inspirer d’expériences régionales favorisant l’inclusion et la reconnaissance, condition essentielle d’une coexistence pacifique et durable.
