Les Goumiers marocains : maîtres de la montagne et du combat rapproché
Les Goumiers marocains : maîtres de la montagne et du combat rapproché
Le CEFI, commandé par le général Alphonse Juin, comptait environ 112 000 hommes. Une partie essentielle de ce corps était constituée des Goumiers marocains, recrutés majoritairement dans les zones rurales du Maroc. Habitués à évoluer dans des terrains accidentés, ils furent irremplaçables dans les opérations menées dans les Apennins, sur la ligne Gustav et plus tard contre la ligne Gothique.
Leur contribution fut décisive dans des moments clés comme la bataille de Monte Cassino (janvier-mai 1944), où ils réussirent à s’emparer de positions stratégiques permettant de briser la résistance allemande et d’ouvrir la route vers Rome. Lors de l’offensive contre la ligne Gothique à l’été 1944, leur endurance et leur mobilité accélérèrent l’effondrement des défenses ennemies.
Courage et zones d’ombre : entre réalités et manipulations
Le courage des Goumiers fut reconnu par les alliés, qui leur décernèrent de nombreuses décorations. Mais leur mémoire a longtemps été entachée par des controverses. Des violences contre des civils furent effectivement commises – crimes tragiques qui doivent être rappelés et condamnés – mais il est essentiel de souligner que de tels actes furent commis par diverses armées (y compris italiennes) dans plusieurs théâtres de guerre.
Ce qui doit être rejeté, c’est l’instrumentalisation politique de ces faits :
après-guerre, le Parti Communiste Italien les a amplifiés afin de minimiser le rôle des alliés et de renforcer le mythe de la Résistance comme pilier fondateur de la nouvelle Italie ;
aujourd’hui, certains courants de droite s’en emparent dans un but de propagande anti-immigration, réactivant des clichés déjà utilisés par la République Sociale Italienne pour présenter les alliés comme des envahisseurs.
Un exemple frappant : l’affiche fasciste montrant un soldat allié noir en train de violenter une Italienne, accompagnée du slogan « Défends-la ». Là encore, l’histoire était déformée au service de l’idéologie.
L’héritage des Goumiers
Malgré ces zones d’ombre, la contribution des soldats marocains fut cruciale à la victoire en Italie. Sans eux, la percée des lignes allemandes aurait été plus longue et plus meurtrière. Pourtant, leur rôle est resté marginal dans la narration officielle de la libération, largement dominée par le récit de la Résistance italienne.
Au Maroc, en revanche, la mémoire des Goumiers est célébrée comme un symbole de sacrifice : celui d’hommes qui ont combattu loin de leur patrie pour une cause universelle, celle de la liberté.
Une mémoire à réhabiliter
Aujourd’hui, près de quatre-vingts ans plus tard, il est indispensable de rétablir la vérité historique : les Marocains ont payé de leur sang la libération de l’Italie. Leur mémoire ne doit plus être humiliée, ni par la propagande de gauche, qui les discréditait pour glorifier le mythe résistancialiste, ni par la propagande de droite, qui les utilise comme repoussoir identitaire.
Aux Marocains d’Italie, il faut rappeler avec fierté que leurs ancêtres ont contribué de façon décisive à libérer ce pays du nazifascisme. La liberté et la démocratie italiennes portent la trace indélébile du sang versé par des soldats marocains et musulmans.
Cette mémoire commune doit être un pont, et non une fracture : elle est le socle d’un lien historique qui fait que l’Italie est aussi, en un sens, leur terre, sanctifiée par leur sacrifice.
Marco baratto

