Rabat et Moscou .. une convergence d’intérêts à l’ère de l’incertitude internationale
Marco Baratto
Dans le nouveau désordre international, certaines alliances ne naissent pas de traités solennels mais de convergences profondes de méthode et de vision. C’est le cas de la relation émergente entre le Maroc et la Fédération de Russie, un axe qui se construit loin des projecteurs et qui, précisément pour cette raison, se révèle particulièrement solide.
Les deux pays partagent une conception similaire de la diplomatie : pas de mise en scène, pas d’ultimatums, mais du temps, de la patience et l’accumulation de petits gestes. Comme l’écrivait Tolstoï, « tout arrive à qui sait attendre ». Cette maxime semble guider aussi bien le Kremlin que Rabat.
Pour la Russie, le Maroc représente bien plus qu’un simple partenaire nord-africain. C’est une monarchie musulmane stable, dotée d’une légitimité religieuse reconnue et d’une capacité unique à dialoguer avec des espaces différents : l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. À l’heure où Moscou cherche à renforcer sa position dans le Sud global et dans le monde musulman, Rabat apparaît comme un allié naturel.
Cette dimension religieuse est loin d’être secondaire. La Russie abrite des millions de citoyens musulmans et reconnaît l’islam comme une religion historique du pays. Entretenir des relations structurées avec un État musulman modéré et fiable contribue également à la stabilité interne russe et à l’équilibrage de la relation avec l’Iran, jugée trop proche à la fois politiquement et géographiquement.
De son côté, le Maroc voit en la Russie une puissance géopolitique centrale, capable d’influencer les équilibres eurasiatiques et d’offrir un appui alternatif sans imposer de modèles idéologiques. Il s’agit d’une relation fondée sur le respect mutuel et la non-ingérence.
Cet axe ne sera jamais proclamé ouvertement. Il n’y aura ni déclarations fracassantes ni alliances officielles. On le percevra plutôt à travers les résultats : dans le dossier du Sahara, dans les silences russes qui pèsent parfois plus que les mots, et peut-être aussi dans des médiations jamais revendiquées, comme ce fut déjà le cas avec le rôle discret du Maroc dans l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza par des canaux non conventionnels.
Lorsque l’axe Rabat-Moscou apparaîtra au grand jour, il sera déjà une réalité. Et une fois encore, le monde sera surpris par ce qu’il n’aura pas su observer pendant que cela se construisait.
